Paroles

Moi j’espérais qu’une chanson
pourrait tiédir fondre la glace
briser enfin le tourne-en-rond
alléger un peu nos carcasses

J’espérais bien qu’un vent nouveau
Parti d’un lieu loin des enfers
Éveillerait ce que l’on vaut
m’aiderait à tout foutre en l’air

Mais cette charrue qu’on tire
vissée rouillée à nos épaules

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Cantal, décembre

Nous vivions d’étranges moments. La lune semblait prendre un facétieux plaisir à se montrer par intermittence ; aussi, on la cherchait dans le ciel assombri en début de nuit, mais on n’y distinguait pas même le moindre halo clair. Seul un lampadaire inondait d’une vague lueur jaune le chemin mouillé. Puis, alors que l’on sortait fumer une cigarette, un beau cercle à peine filigrané de cratères attirait le regard. Le temps que l’on annonce sa réapparition, elle s’était esquivée, et seuls brillaient au loin les lumières d’un hameau voisin.

On s’éveillait tard, et les journées raccourcissaient d’autant. Nous ne cherchions pas particulièrement à en profiter .

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Il n’est pas seul

Non, il n’est pas seul.

Il y a encore cette télévision où le brouillard dessine les personnes auxquels il pense et dont l’image se forme quand, les yeux fixes, il regarde l’écran des heures entières; il y a ces fleurs en plastique dans le pot près de la fenêtre, sur lesquelles il souffle parfois pour en ôter la poussière. L’eau se fait rare.

Il y a ces voitures immobiles dont les pots ne fument plus, car le ralenti a bu toute l’essence aux feux dont certains clignotent encore -mais pour combien de temps ?

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Place Peragut

Les nouveaux venus ne peuvent pas savoir. Être aveugle, c’est aussi ne pas voir les choses comme elles étaient avant.   Ils ont rasé les marronniers de la place Peragut. Je cherche ce qui pourrait m’offrir un lien, un fil d’Ariane, un rappel le plus ténu soit-il vers ce lieu, ou plutôt ce temps où réside le souvenir du bonheur d’avoir été enfant.

Mais ils ont rasé les marronniers.

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Pas tout à fait l’été

Hautes herbes aux épis de verdure
Lilas très languissant d’oublier ses pétales
où s’est niché la rouille

Les tulipes ont passé
A leurs tiges dressées
le renflement d’un sac où les graines à mûrir
se balancent aux vents mollissant d’un mai doux

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