Promenades 3 – Lui

Il est retenu
suspendu au côté de l’espace immense, à mon flanc
mon élan
doigts de brume, filets fantôme
Il suffirait d’un rien pour que je les efface
en délace les nœuds
(suite…)

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Il y a deux univers – opus 3

Il y a deux univers et peut-être bien d’autres
qui m’échappent sans cesse
Venant frapper les portes aux huis de nos cadences

succession de journées entrecoupées de rêves
j’imagine parfois la main dessus la clenche
quand tourne la poignée, qui viendra pour ouvrir

Les visages se montrent, fripés d’un frais éveil,

Ou fatigués d’estocs reçus de ces escrimes
et que le bras rangé ne veut plus du fleuret

Ou le pli délassé sur le front d’une vieille
qu’une bonne nouvelle après un désespoir a lissé de quiétude

Ou l’oeil cherchant le beau dans la vie qui ruisselle
ouvert par le regard d’un enfant sans malice

Ou la joue empourprée de la fille en amour
espérant le retour de son chevalier blanc

Ou l’avare fermé jusque dans ses désirs
qui garderait pour lui son besoin de caresses

Ou un guerrier armé, visage en cicatrice
au parcours endeuillé de saignantes victoires

Ou un frère perdu revenu de ses cendres,
miraculé vivant qu’une divine main
à rayé des registres au royaume d’en bas

Ou qu’un autre moi-même, identique miroir
qui saurait tout de moi sans que j’aie à lui dire

et tous ces mondes-là doivent bien exister

Je suis celui qui rêve à d’autres amplitudes
le mobile au plafond en besoin d’équilibre
le tissu déchiré priant à la couture
la veine à réunir pour que passe le sang.
je suis cet univers.

Octobre 2010

Il y a deux univers – opus 2

Il y a deux univers
le deuxième est question
recouvrant de son drap l’objet de nos recherches
tout imprégné de glu, collé plus on le tire,
comme s’il nous défendait de vouloir l’enlever
pour observer sans lui l’élément qu’il nous cache

Bien sûr reste la forme
générale, approchée, très approximative
aux détails amollis
aux détails résumés, jalousement gardés
sous la question précise qui vient se décliner
en mille mots-facette
qui, quand, ou, et pourquoi
et comment et bien d’autres
aspirant au reçu d’une affirmative
claire et pure, définie, taillée dans le présent,
au moins dans cet instant puisque tout est caduc
au futur d’aujourd’hui

Mais rien ne nous entend
pas d’oreille attentive à déhousser l’objet
Suspendues, les réponses, ou perceptions absentes
à nos sens imparfaits

Toute interrogation fleurit et puis s’étiole
jamais vraiment cueillie, toujours abandonnée, au final
et, désintéressés de nos attentes irrésolues
on plante une réponse
appelée illusion

Mais l’illusion est fade par trop d’artificiel
créé en nos mémoire d’évènements passés,
eux-même fictifs, pour la plupart, amidonnés
pour qu’ils tiennent debout gonflés en pantins creux
forgés en intention de mièvres certitudes
montrés en distraction à l’esprit ébloui,
et d’oiseaux synthétiques on vient peupler le ciel

Alors, depuis toujours, encombrés des mystères
de ces choses masquées on ne sait que l’informe..
Le reste on se l’invente.

Cela vous convient-il?

Je suis celui qui erre aux ultimes réponses
le poids non calibré réclamant sa pesée
le lac évaporé qui scrute les nuages
la main dont le toucher tâtonne dans le vide
je suis cet univers.

Octobre 2010

Il y a deux univers – opus 1

Il y a deux univers
le premier, compliqué
peuplé de ruines et d’anges
d’intérêts morcelés en demandes étranges
de dunes effondrées suppliant les racines
de les garder du vent
qui lui, peste à la feuille, l’accuse de bruiter
en lui volant ses forces

Dans ce monde-matière
le combat est nature
énergies enlisées au soc des charrues
qu’un cheval harassé, harnaché comme un diable,
découd plus qu’il ne tire de la terre vaincue

En témoin les orages, éclairs douloureux
serpentaires aux nuées saturées d’électrique
râpées aux masses d’air, électrons arrachés,
caresses de violence, équilibre brisé,
foudre, foudre encore, aveuglement sans fin,
apaisement des eaux, déluges incontrôlables,
montagnes rabotées après mille ans de chênes,
univers tordu, prompt à ne devenir que chaos à la chaîne,
que joies en chagrins secs,
puis larmes de nos pertes et le plaisir encore,
revenant, fantôme temporel,
raison de l’existence plus qu’il n’en est le but,
bonheur jamais debout, nourri à la cuillère
alité, veillé, gardé en camisole,
par peur qu’il ne s’échappe,
puis moribond laissé là, crevant de nos fatigues
à chercher la lumière au pied de l’arc-en-ciel,
pourchassé si longtemps que nos pieds sont en feu
appelé si souvent que notre voix déraille,

faim de ventre, tripes sorties,
cri d’espoir et de rage mêlés, brûlures,
comme sont les nuages flambés de particules,
trop fortes, trop fortes pour nous,
et la colère explose un jour, en terrible ravage
brisant murs et murailles, limites éventrées,
emportant avec elle tout ce que le passé,
de bon et de mauvais,
d’immonde et de sublime,
d’élans et d’agonies,
avait décomposé en terreau entassé,
dans lequel, jusqu’aux genoux, jusqu’au nombril,
on se chauffe, tiédeur morte,
qui néanmoins rassure mais qui n’est pas la vie,
pas celle de mes rêves, pas celle de mes rêves,
alors, cet arc-en-ciel, j’en veux ma part

L’orage gronde

Je suis l’éléphant fou piétinant le cornac
le volcan sous pression où naissent fumerolles
le tigre aux crocs luisants de n’avoir pas mangé
le chant des prisonniers juste avant la révolte
je suis cet univers.

Octobre 2010